Nouvelles de la vie cubaine

Nouvelles de la vie cubaine

Cela fait plus de 200 jours que les cubains ont été contraints de changer subitement leur dynamique habituelle, comme il en a été pour le reste du monde d’ailleurs.

La résilience infinie de ce peuple a été mise à l’épreuve une fois de plus. Nous avons tenu le coup stoïquement à un ennemi différent, de difficile compréhension parce qu’il était invisible, du moins jusqu’à un certain moment où l’heure pouvait devenir grave pour la santé individuelle, ou non.
Pour la première fois on avait affaire à quelque chose d’autre que le sempiternel embargo américain ou les difficultés inhérentes à la gestion administrative du pays, ces soucis typiques et propres à Cuba.

Cela fait des mois que la vie connue des cubains s’est arrêtée. Nous avons dû alors nous lever tôt deux à trois fois par semaine pour entreprendre l’aventure de chercher des vivres essentiels à la subsistance de la famille, la peur au ventre. Nous avons dû faire des kilomètres de files d’attente et sacrifier des longues heures de notre vie, à côté d’autres compatriotes qui, peu à peu, préféraient d’éventuellement tomber malade que de rentrer à la maison sans un kilo de viande ou un litre d’huile. Les files d’attente, tellement typiques de Cuba, sont devenues les grandes vedettes de notre quotidien.

La plupart des cubains cependant n’ont pas manqué de l’essentiel. Nous sommes débrouillards par nature et nous avons fait démonstration de bravoure et ténacité face à des restrictions sociales et économiques sans précédents, à l’exception de la période spéciale des années 1990 que les nouvelles générations n’ont pas connue, et croient alors que 2020 c’est le scénario de la fin du monde. Je ne peux être que mort de rire.

La crise actuelle sera enregistrée comme l’une des plus dures de l’histoire de Cuba, il est vrai, nous n’avons pourtant pas manqué d’un minimum, et même plus pour assurer la survie.

Non sans grands efforts, nous avons toujours pu ramener à manger à la famille. Les marchés agricoles, du moins à la Havane, ont maintenu la disponibilité des tubercules, des légumes, des fruits, des haricots et bien d’autres produits de la terre.

Nous n’avons pas manqué de pain dans les environs du quartier, ou de petite pâtisserie typique. Nous avons eu un minimum de vitalité et cela nous a permis de mieux tenir le coup.

Nous n’avons pas non plus manqué de rhum ou de bière, tellement nécessaires à la résistance populaire.

Le poulet est devenu roi des menus cubains, non sans avoir fait une belle file d’attente bien entendu. La distribution rationnée des produits de première nécessité aurait permis qu’une majorité puisse en être régulièrement dépannée.

Les cubains avaient résisté sans reculer, même si des fois on perdait vaguement l’horizon logique de la résistance.

Finalement les courbes ont commencé à baisser et un beau jour le directeur national d’épidémiologie enlevait son masque à la télévision.

Au mois de juin les petits enfants ont pu enfin rencontrer leurs amis bien que des fois méconnaissables derrière leur petit masque. Je n’avais jamais vu ma princesse Maïa aussi heureuse que le soir qu’on lui avait annoncé le retour à la crèche. Le lendemain matin elle s’était levée la première.

Pendant les premières semaines de l’été les cubains croyaient que le retour à la normalité approchait. Les bars se remplissaient autant que les plages et les rues d’une ville trop longtemps déserte. On devinait facilement dans les yeux le sourire caché des gens.

Soudainement des flambées de la maladie ont mis par terre tout espoir de réouverture économique totale et le reconfinement nous a fait reculer davantage dans le plus grand chagrin et chaos commercial.

Pour la première fois depuis le plus loin que ce peuple s’en souvienne nous avons été renfermés de nuit. Un couvre-feu a été mis en vigueur à la Havane dans le cadre de bon nombre de mesures désespérément strictes visant à endiguer au plus vite possible la propagation de ce virus.

C’était impressionnant de voir de vraies foules de cubains envahir la ville dès l’aube, après chaque nuit de prison. Tout compte fait le couvre-feu n’aurait pas vraiment réduit la circulation de personnes.

La situation à la capitale est redevenue grave, plus qu’on ne pouvait l’imaginer.

Les pénuries étaient à nouveau extrêmes, mais le peuple s’en sortait toujours quand même. On a vu des nombreux cubains faire des marchés improvisés sur les réseaux pour, de la vente de vêtements d’occasion par exemple, récupérer des sous pour continuer de vivre.

Rien qu’à la Havane il y a près de 50 mille personnes sans travail en ce moment.

Beaucoup de familles ont dilapidé leurs économies et administré les enveloppes à chaque mois passé sans revenus au détriment des vacances ratées ou des projets à l’avenir. Une fois de plus c’était le moment présent qui comptait vraiment.

Un certain pourcentage des familles cubaines reçoit de l’aide financière des cousins ou des amis à l’étranger et ils pouvaient s’en sortir mieux dans les nouveaux commerces en devises, dont l’infrastructure hélas est largement dépassée encore une fois par la demande actuelle. Les files d’attente y sont maintenant plus longues que dans d’autres marchés du pays. C’est quand même chanceux que le corona-virus n’a jamais fréquenté les files (foules) d’attente devant les magasins de Cuba. On aurait été massacrés.

D’une manière ou d’une autre le peuple cubain ne lâche pas. Nous nous en sortirons toujours aussi bien.

Ce qui fait le plus de mal à Cuba c’est souvent la désinformation à tout point de vue. Les nouvelles de Cuba ont tendance à l’amplification du négatif. Je ne dis pas que la cosa no está mala (la situation générale est très difficile) certes, mais on peut toujours trouver une solution.

Je déplore que certains compatriotes malhonnêtes exagèrent infiniment nos problèmes dans l’esprit de se faire plaindre, ou critiquer pour l’amour de l’art. C’est de l’abus, et c’est ainsi que beaucoup de monde en outre-mer se fait pas des perceptions vraiment justes de notre réalité.

Nos problèmes, quels qu’ils soient, sont à nous. C’est à nous donc de nous débrouiller et de nous en occuper et puis c’est tout.

Vivre à Cuba exige une passion inexplicable. Je ne demande pas de nous comprendre, puisque c’est souvent que nous-mêmes ne comprenons pas. Je partage seulement les sentiments d’un cubain qui aime son pays et son peuple, ici. Je ne parle aucunement de politique.

D’autre part les autorités sanitaires ont assez bien géré pour contrôler la crise épidémiologique, même si sauver des vies, c’était forcément au détriment d’une économie déjà trop ressentie. Nous sommes en bonne santé, il est vrai, et il faut remercier notre système de santé, même si c’est devenu trop galère de trouver du lait ou même du café par exemple.

Après avoir donc enduré quatre semaines inoubliables pour la Havane, la reprise des activités semble à nouveau tangible.

Dès demain, 1er octobre, il n’est plus de couvre-feu, de 19h00 à 05h00 à la Havane. Il n’y aura plus de restrictions non plus de déplacement à l’intérieur de la capitale, ni d’autres restrictions commerciales.

Ce week-end on va retourner enfin au malecón avec Maïa pour admirer le coucher de soleil en mer. Cela fait 4 semaines qu’on n’a pas vu l’océan. Ce n’est pas humain si tu habites dans une île.

Il y a aussi de fortes chances que mon enfant revienne voir ses copains et copines la semaine prochaine. Il ne s’est pas passé un seul jour sans qu’elle ne nous demande gentiment de sortir au parc jouer avec ses amies de la crèche. Je me réjouis de savoir son bonheur.

Dès demain les prestations de services publics et gastronomiques, d’état ou privés, à 50% de capacité, sont à nouveau autorisées, sauf pour les bars et discothèques pour le moment.

Finalement la réouverture des plages pour les havanais a été de même annoncée. Nous parlons ici de Playas del Este, soit Santa María del mar, Megano, Bacuranao et le reste du littoral.

Les cubains pourront toujours aller à Varadero au mois d’octobre, sauf les habitants de la Havane, qui ne peuvent pas quitter la ville de suite.

Il y a des rumeurs parmi les travailleurs des hôtels à Varadero à propos de la réouverture touristique internationale de la péninsule sous les prochaines semaines, rien encore d’officiel cependant.

Nos enfants pourront enfin retourner à l’école. Le début du cours scolaire actuel est prévu à la Havane pour le prochain 2 novembre, alors que la quasi majorité du territoire cubain avait démarré les activités scolaires depuis le début septembre.

A partir du 3 octobre nous pouvons profiter à nouveau du rétablissement du transport en commun à la Havane, aussi bien le service étatique d’autobus que nos indispensables américaines.

Par contre… la ville demeure fermée pour le reste du pays. Il n’y a pas encore moyen de sortir ou rentrer librement à la capitale sauf autorisation du gouvernement local.

Les amendes, exceptionnellement chères (2000 à 3000 CUP), seront toujours appliquées aux contrevenants des restrictions en vigueur, concernant surtout le port du masque, la distanciation sociale et autres.

Les autorités lancent un appel à la conscience citoyenne à prendre chacun soin de soi-même et ses proches, ainsi que les mesures personnelles pertinentes pour se protéger et retourner à revitaliser les activités économiques dont nous avons tellement besoin pour pas perdre notre sourire même derrière un masque.

Il en était temps de nous permettre petit à petit de choisir de vivre courageux, bien que non sans prudence, plutôt que de mourir lentement de la peur esclave d’un virus de létalité encore discutable. Nous ferons attention.

Il est nécessaire qu’un nouveau jour se lève, et nous souhaitons que ce soit enfin définitif.

Sur ce je vous laisse maintenant et vous dis à bientôt à Cuba, espérons-le vraiment.

Hasta la Victoria Siempre.
Rebellecuba.

Merci à René López Zayas  Et Rebellecuba pour cette chronique

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